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Histoires

Récit d'un voyage

7 mars 2016
Paysage d'une plage du Costa Rica

Ce texte est écrit par Sonia Primerano, écrivaine et storyteller

 

Sous la lumière du jour dont les rayons parviennent à percer les feuilles juchées au-dessus de ma tête, je repose tranquillement sur ma serviette tout en contemplant la mer. À ce moment, j’en étais déjà à un mois de voyage au Costa Rica; où les luxuriants paysages et les littoraux vierges ne sont pas sans rappeler l’imaginaire d’un oasis – un véritable paradis sur Terre – bordé de grands et verdâtres cocotiers à perte de vue.

Alors que le soleil brillait de son zénith, cristallisant le sel qui gisait sur ma peau, je n’ai pu m’empêcher de remarquer la silhouette lointaine et à peine définie d’un vendeur qui s’approchait en ma direction. Plus il se rapprochait et plus je rêvais de quelque chose – n’importe quoi – pour étancher mon indéniable et grandissante soif. Après avoir déjà passé quelques heures sur la plage, l’idée d’une boisson rafraîchissante me ravissait. Et avant même que je ne puisse clairement en distinguer la présence, comme un mirage qui vient à la vie et comme un sauveur qui vient à mon secours, le vendeur, avec son chariot débordant de noix de coco fraîches, était arrivé. 

Feuilles de palmiers bercées par le vent au large d'une plage du Costa Rica
Palmiers et forêt tropicale au large d'une plage du Costa Rica

« Una pipa, por favor », demandais-je en souriant, tentant tant bien que mal de cacher mon désarroi. Habitée d’une vive émotion, je lui tendis une pièce dorée de 500 colons (l’équivalent d’environ 1$). Ses mains étaient d’un brun profond et rappelaient la texture du cuir; un signe révélateur et incontestable que ces mains, abimées et devenues rudes par le temps, sont ses outils de survie et son gagne-pain.

Comme je me tenais devant lui, à curieusement admirer cette facilité avec laquelle il tranchait la coquille épaisse de la noix de coco à l’aide d’une machette, je me suis demandée : Quelle est l’histoire de cet homme, et depuis combien de temps parcourt-il cette plage afin de vendre des noix de coco?

Habituellement, j’aurais laissé cette pensée m’échapper, notamment pour m’éviter toute gêne, mais, cette fois, j’ai tenté le coup. Après tout, pourquoi pas?

 Je lui ai d’abord demandé son nom.

« Alfredo », m’a-t-il timidement répondu, baissant la tête alors que je le prenais en photo. Sa voix était basse et légèrement rauque et son regard sagement intrigué m’indiquait qu'il n'avait pas l’habitude de discuter avec des étrangers. J’ai rassemblé davantage de courage et je lui ai demandé d’où il venait et s’il vivait dans la région. C’est en me tendant une noix de coco regorgeant d’eau fraîche qu’il m’a confié qu’il habitait un village voisin avec sa femme et que ses deux enfants étudiaient à San José, la capitale du Costa Rica.

Ses yeux rayonnaient de joie et de fierté.

Vendeur de coconut qui taille une noix de coco sur une plage du Costa Rica
Plan rapproché de la main d'un vendeur de coconut qui taille une noix de coco sur une plage du Costa Rica

Avant qu’il ne poursuive son chemin le long de la rive, je suis parvenue, à travers un espagnol moins que parfait, à lui poser une dernière question tout en désignant les noix de coco dans son chariot : « Depuis combien de temps travaillez-vous à la vente de noix de coco? »

Ses yeux emplis de nostalgie se sont plongés dans les miens et il me répondit : « Trenta años. »

 

Tout en sirotant l’eau fraîche et sucrée de la noix de coco, je suis retournée à l’endroit où était étendue ma serviette de plage. La silhouette d’Alfredo s’estompait au loin et je me rappelais les silences qui avaient accompagné nos discussions; essayant de dégager l’histoire, son histoire, dissimulée à travers ses mots. Et son histoire, elle est celle partagée de plusieurs à travers le globe qui travaillent d’arrache-pied, jour après jour, en sacrifiant leurs besoins et intérêts personnels, leurs joies, leurs souhaits et leurs désirs, pour subvenir à ceux de leur famille et enfants. Il s’agit d’un récit d’altruisme et d’engagement indéfectible trop souvent laissé-pour-compte. Moi-même, j’oublie souvent de considérer les mains des agriculteurs qui ont cultivé le fruit ou la nourriture que je mange.

J’oublie, malheureusement, souvent.

Profiter de l'eau rafraîchissante d'une noix de coco fraîchement cueillie et taillée sur une plage du Costa Rica

Il est de ces occasions où ces mains autrefois anonymes ont réellement un nom ; où je peux regarder le visage de cette vérité dans les yeux et me voir immédiatement touchée par la réalité d'un homme. Le rythme de notre routine quotidienne peut bien souvent nous détacher de notre environnement et ternir notre conscience autrement franche et reconnaissante.

Comme un miroir à mes pensées réfléchies, le soleil d’un orange rayonnant baissait à l'horizon, transformant le ciel en une toile aux couleurs incommensurables. La vie a également une façon de nous faire parvenir de doux rappels : les aliments que nous consommons si facilement ne sont pas seulement une extension, mais aussi une expression des mains qui les ont tenus, cultivés et créés. Grâce à ce petit rappel, je marcherai plus doucement et beaucoup plus humblement partout où j’irai.

Paysage d'un coucher de soleil sur une plage du Costa Rica

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